Archives de la catégorie art

Un arbre

paris-2010

Passant,
regarde ce grand arbre
et à travers lui
il peut suffire.

Car même déchiré, souillé,
l’arbre des rues,
c’est toute la nature,
tout le ciel,
l’oiseau s’y pose,
le vent y bouge, le soleil
y dit le même espoir malgré
la mort.

Philosophe,
as-tu chance d’avoir l’arbre
dans ta rue,
tes pensées seront moins ardues,
tes yeux plus libres,
tes mains plus désireuses
de moins de nuit.

Peinture murale de Pierre Alechinsky
Poème d’Yves Bonnefoy
Rue Mouffetard, Paris

, , , , ,

11 Commentaires

Petals on a wet, black bough

Le film « To Rome with Love » (ajouté, récemment, tout en bas de ma liste « Déjà vus« ) renvoi à l’art et se traduit en un poème imagiste dans certains passages très esthétiques. Une pure comédie plongé dans l’atmosphère culturelle de Rome. Mais, je suis là parce que dans un certain moment, un personnage que se fait passer pour quelqu’un de très culte, cite Ezra Pound:

Petals on a wet, black bough

Un cours de métaphore ! Stricto sensu ! J’ai passé le dernier semestre à entendre ce vers dans le cours de Littérature, où nous avons plongé sur la poésie, le poème et la résistance, la métaphore, le symbole et l’allégorie.  Alors, racontez-moi, vous voyez la métaphore présente dans ce vers ? Vous la décryptez ? Qui peuvent être les pétales sur un rameau humide et noirci ? Ce n’est pas évident et, pourtant, c’est une image très belle en elle-même, sans explication, sans compréhension. Je ne l’ai appréhendé qu’en lisant le haïku tout entier, titre compris, et je ne peux pas me décider laquelle j’aime le mieux, l’image ou son déchiffrement :

In a Station of the Metro

The apparition of these faces in the crowd;
Petals on a wet, black bough.

— Ezra Pound

 
*Article sur ce poème sur wikipedia ici.

, , , , ,

Poster un commentaire

Drive

Le week-end dernier on a fait une session cinéma très équitable : il a choisi son film et moi le mien. J’ai proposé «The Artist» et lui «Drive», dont notre voisin avait parlé avec enthousiasme. Je voulais juste savoir s’il s’agissait d’un film violent et, devant la réponse affirmative, il a été exclu de toute possibilité de participation à ma chère liste de «films déjà vus». Une brève consultation sur l’oracle «Allociné», tout de même, et là, surprise ! Je tombe sur des cinq étoiles unanimes et des critiques de la presse enflammées qui annonçaient «une sensation unique» et «des dimensions émotionnelles». Devant cette image et ces descriptions, je n’ai pas voulu continuer à lire, c’est décidé : d’abord  «Drive» et, ensuite, «The Artist». En rentrant chez moi, il n’y avait qu’une image dans ma tête, celle de Ryan Gosling. Jean Dujardin était loin, presque disparu. Le dernier film a perdu toute sa magie, s’il en avait, en face du premier.

«Drive» est un film à sensations. Le scénario n’a rien qui puisse intéresser ou être considéré comme exceptionnel : un chauffeur cascadeur et garagiste qui conduit pour des voleurs la nuit venant. La trame est simple, d’autres films d’action n’ont rien à envier au long-métrage du danois Nicolas Winding Refn. Pourtant, ils ont tout à envier à ce polar raconté de façon presque contradictoire, où la violence et l’action prennent la forme des scènes au ralenti, où le silence envahit tous les espaces et le rythme de la musique est parfaitement cadencé avec l’atmosphère urbaine et le mouvement en continu de la voiture.

Le regard figé du laconique «driver» trace sans effort une ambiance de tension et, en parallèle, a toute la force d’un héros séduisant. Le metteur en scène va au-delà de l’économie de mouvements et de la musique pour apporter toutes ces mélanges de sensations. Il y en a du symbolisme et du mystère, surtout dans le personnage principal. Les mains sales de sang sont propres, protégées par des gants ; la violence et la fureur ne dominent pas l’âme gentille qui apporte un sourire immobile ;  la veste avec un scorpion dans le dos a dans l’autre face des bras agiles et doux. On devient complice de ce héros et on échappe à toute moralité pour lui apporter notre soutien même quand il s’agit d’un crime.

Il n’y a pas de beauté dans le décor. Los Angeles est vue du ciel et de près comme une ville sans intérêt, le néon reflète la nuit, la poussière et les fumés des voitures prennent place dans la journée. Une ville menaçante, peuplée de ces gens qui ne font que continuer dans la vie, des gangsters, des bars sales et des crimes à venir. La balade en voiture des amoureux n’est pas entourée de beaux paysages autour, c’est dans une piste abandonnée qui finit dans un ruisseau de cette sale métropole.

Dans une des scènes, on doit se contenter d’assister à la mort par l’ombre qu’elle produit. Dans une autre, la plus brutale et la plus violente, on en est face à face, sans épargne. Une sorte de façon à la Tarantino, même si en esthétique on en est vraiment loin de quelque référence entre les deux metteurs en scène.

Il n’y a pas un grand scénario, il n’y a pas de beauté dans le décor, la romance du héros criminel et de la belle vulnérable est un cliché exploré à profusion dans le cinéma, mais on en est fasciné malgré tout ! Le magnétisme se trouve dans la façon dont la narration est faite, dans les sensations apportées et dans le retour à une ambiance des années 1980 fortement influencé par les battements de l’électro musique. Esthétique, énigmatique, photogénique, modeste, saisissant, fort en sensations, «Drive» n’a rien pour être considéré comme un chef-d’œuvre et, pourtant, c’est justement cela que nous attache.

Arrivés à la maison, on cherche plus à en savoir sur ce battement qui ne sort pas de l’oreille et sur ces images fixées sur nos yeux. «Je le savais ! Le metteur en scène est le même que celui de Pusher, la trilogie dont je t’avais parlé». Le DVD est depuis longtemps sur les étagères et je ne lui ai porté aucun intérêt. Il est temps de changer d’avis. Aurai-je la même surprise que j’ai eue avec «Drive» ?

Bande-sonore très prenante :

, , ,

Poster un commentaire

Carimbó

Musique d’origine indigène typique du Pará, le carimbó est accompagné d’une danse très frénétique entre hommes et femmes. Ici, photos prises à Soure, dans l’île de Marajó.

*Tous droits reservés, reproduction interdite sans l’accord de l’auteur.

2 Commentaires

Désert

Peut-être dû au fait d’avoir commencé à écrire pendant qu’il était encore enfant, Le Clézio a gardé dans son texte une perspective infantile, chargée d’humanité, simple, pure – une caractéristique qu’il a su transporter à la trajectoire des deux personnages principaux de Désert. Avec près de 100 ans de distance parmi eux, Lalla et Nour partagent leur existence dans le désert, l’expérience de la migration et la rencontre avec une réalité différente de celle qui leur avait été promise. Tandis qu’il tisse ces deux histoires, Le Clézio fait le récit historique de l’invasion chrétienne-européenne du Sahara Occidental et du Maroc, de l’extermination du peuple du désert et de la soumission à laquelle ils ont été contraints, au nom de la raison économique. En parallèle, un autre contexte historique est établi, celui de l’Europe du sud à la fin du 20ème siècle par rapport aux immigrants. La pauvreté, l’abandon, la saleté, la violence, la criminalité, l’indifférence sont découverts pour ceux qui arrivent à Marseille à la recherche de quelque chose qui leur a été enlevée: un endroit pour vivre.

Couverture "Désert"

C’est ainsi que l’histoire du jeune Nour, 100 ans auparavant, montrera pourquoi la jeune fille Lalla vit dans un bidonville, entre le désert et la mer en Afrique du Nord, où les maisons sont de bois et de papier goudronné. Alors que Nour erre dans le désert avec son peuple et les guerriers bleus, chassés par les Espagnols et les Français, il observe les rites religieux et les croyances des gens en quête de survie. Lalla s’est également livrée aux traditions musulmanes dans son village, même si son lien est plus fort avec les forces du désert, du sable, des pierres, de la lumière et de la chaleur qui brûlent sa peau, qui remplissent son corps.

Autant dans le récit de la vie de Nour et de son peuple nomade que dans celui de Lalla, le texte est parsemé d’une poésie descriptive intense et multisensorielle, qui passe du toucher aux odeurs, du cri au silence, de la douleur à la paix, de la vérité jusqu’au nihilisme. Les impressions de l’environnement, les sensations éprouvées par les personnages imprègnent la lecture, renforcées par la répétition constante utilisée à dessein par l’auteur. À travers le point de vue des deux enfants, cependant, pas de jugements. C’est presque une vision d’enfant, candide, de sorte que l’histoire est racontée sans positions politiques, religieuses, mais qui ne manque pas de dénoncer la triste réalité d’un peuple.

Western Sahara

Une des facettes intéressantes de ce livre, qui a donné à l’auteur le prix Nobel de littérature en 2008, est d’apporter un morceau de l’histoire du Sahara Occidental, si peu présente et si peu connue. Le Sahara Occidental est l’un des quelques territoires non autonomes dans le monde. Ce pays, qui ne peut même pas être appelé pays, vit entre l’hégémonie du Maroc et de l’Algérie après avoir été abandonné par les Espagnols dans la misère et être passé entre les mains de plusieurs nations. La misère d’aujourd’hui est la misère laissée par ceux qui ont profité de la richesse, ont causé la mort et la douleur, ont pris ce qu’ils pouvaient pour leur pays et ont finalement quitté le désert, laissant derrière une totale désolation. Le moment présent n’est rien de plus que la continuation de nombreux moments historiques, y compris celui dans lequel les autochtones ont été rendus et massacrés par les chrétiens.

À travers les yeux de Nour, nous voyons l’histoire d’un peuple en caravane, misérable, qui essaye jusqu’au dernier moment de garder sa vie, mais à la fin ne peut rien contre la force des armes de l’Europe:

Debout au bord de la piste, il les voyait marcher lentement, levant à peine leurs jambes alourdies par la fatigue. Ils avaient des visages gris, émaciés, aux yeux qui brillaient de fièvre. Leus lèvres saignaient, leurs mains et leur poitrine étaient marquées de plaies où le sang caillé s’était mêlé à l’or de la poussière. Le soleil frappait sur eux, comme sur les pierres rouges du chemin, et c’étaient des vrais coups qu’ils recevaient. Les femmes n’avaient pas de chaussures, et leurs pieds nus étaient brûlés par le sable et rongés par le sel. Mais ce qui était le plus douloureux en eux, ce qui faisait naître l’inquiétude et la pitié, c’était leur silence. Aucun d’eux ne parlait, ne chantait. Personne ne pleurait ni ne gémissait. Tous, hommes, femmes, enfants aux pieds ensanglantés, ils avançaient sans faire de bruit, comme des vaincus, sans prononcer une parole.

Le désert

Ainsi est le désert qui tue, qui brutalise, qui intimide, qui assèche le corps, et qui à la fois fascine Lalla. Héritière des hommes et des femmes du désert, elle trouve dans le caillou, dans le sable sec et déchirant, dans les épines, le refuge du bidonville où elle habite. Là, en sentant la chaleur pénétrer son corps, en écoutant les animaux et les insectes, en laissant la lumière envahir ses yeux, Lalla peut entrer en communication avec ses ancêtres et avoir la force de s’échapper, aller à Marseille, la ville qui a été décrite plusieurs fois par son ami, un vieux pêcheur. Dans les rues du Panier, Lalla vivra en compagnie de gens de la rue et des immigrés méprisés, et va aussi sentir l’odeur repoussante de la maladie, la mort, la misère, la crasse. Toutefois, il est toujours agréable de voir la description de Lalla de cette vie qui bat en Marseille. Pendant qu’elle retrace son parcours à travers le Vieux-Port et le Panier, viennent à l’esprit la couleur, la lumière, les vibrations de cette ville. Dans chaque escalier, petite rue, il y a une vie qui est réelle, imparfaite, mais réelle. La ville se montre, toutefois, une grande ville qui peut finir par écraser ses habitants et qui fait penser Lalla au désert.

Malgré un début de lecture laborieux, pas habituée à des descriptions complexes et répétitives de Le Clézio, je me suis trouvée enchantée par le chemin des deux enfants et la sagesse avec laquelle un morceau d’histoire de l’Afrique est décrit. Il y a dans le texte une façon de ne pas révéler la réalité directement ou clairement. Nous percevons, soupçonnons, jusqu’à ce qu’au cours d’un autre événement, nous apprenions enfin la vérité… Il y a aussi beaucoup de subtilité, de pureté, mais qui sont capables d’animer la révolte contre l’injustice, contre la guerre. Celui qui fait la fusion de tous ces sentiments ne peut qu’être un grand auteur, d’un grand livre.

, ,

Poster un commentaire

Ouro Preto, façades

Ouro Preto est une ville brésilienne au style colonial, fondée sous le nom de Vila Rica vers la fin du 17ème siècle par des explorateurs, appelés bandeirantes. Suite à la découverte de filons d’or, le village a attiré un grand nombre de chercheurs d’or, devenant la plus importante ville du pays, avec plus d’habitants que New York à l’époque. Aujourd’hui, classée comme patrimoine mondial de l’humanité par l’Unesco, Ouro Preto est connue comme le plus grand ensemble architectural baroque au monde.  Une belle ville pour revenir à une période de l’histoire du Brésil et à l’art de l’époque. Parfaite pour flâner dans ses rues de pierres, comme pour visiter les différentes églises qui ont été élevées comme signe de pouvoir par les familles riches (il est interdit de photographier à l’intérieur afin de protéger les délicates oeuvres d’art qui s’y trouvent, comme celles de Aleijadinho ou Ataíde). Les collines autour, la gastronomie local, l’artisanat, la nature (il y a même un grand parc préservé à l’intérieur de la ville, le Parc Horto dos Contos), les fêtes universitaires et le chemin de train liant Ouro Preto à Mariana complètent la liste d’attractions de cette très charmante ville. Je vous laisse avec un aperçu des détails des façades d’Ouro Preto:

,

4 Commentaires

Paris-Bucarest

Heuresement, j’ai quitté le confort de chez moi pour travesser de sud à nord la ville de São Paulo, dans la fine pluie de ce dimanche, et me rendre au thêatre pour assister au spectacle Paris-Bucarest, de Nathalie Joly. D’une voix grave et puissante, la chanteuse joue Maria Tănase et nous emmène en Roumanie, aux années 1930-1940, à la ville autrefois appelé de « Paris de l’Est ». L’atmosphère du monde tzigane se fait présent par l’interprétation des doinas (chanson traditionnelle roumaine), pleines de mélancolie, d’ivresse, de passion, de désillusion d’amour.

Du côté de la mise en scène, le décor minimaliste a été enrichi par l’interprétation de Nathalie, ses gestes austères, sa position dans la scène, son regard figé envers le publique. Et pour en finir, l’accordeón. L’instrument et son joueur, Thierry Roques, sont d’une beauté singulière. Le musicien reste presque tout le temps du spectacle assis immobile devant une table de bar, mais mon regard lui a cherché constamment. J’admire la musique de cet instrument, mais aussi les mouvements qu’il demande de son joueur. Tous les trois, Nathalie, Thierry et l’accordeón,  réunis sur scène, ont fait un joli tableau et un super concert. Heuresement j’ai quitté le confort de chez moi dans ce dimanche pluvieux…

Paris-Bucarest

Paris-Bucarest

* Page de Nathalie Joly au Myspace: http://www.myspace.com/nathaliejoly.Video pot pourri de Paris-Bucarest, ici.

, ,

Poster un commentaire