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Parlons aux inconnus

Ce post a été écrit en avril 2010. Presque un an après, je lui mets en ligne.

En découvrant c’est délicat et audacieux blog, L’inconnu du métro, j’ai été saisi d’un mixte de empathie et identification lorsque des moments vécus en époques différentes me sont revenus à l’esprit. Un, c’était il y a quelques semaines, j’étais au supermarché et me demandais quelles types d’oranges étaient les meilleures pour en faire du jus de fruit. L’homme à mon côté choisissait lui aussi ses oranges et moi, enviant sa sagesse, me suis mise à essayer de m’apercevoir des caractéristiques des fruits qu’il mettait dans son sac. « C’est pour faire du jus de fruit? », a-t-il posé la question. Je lui ai répondu affirmativement en secouant la tête. « Alors, reprit-il, il faut choisir celles dont l’écorce reste très lisse. Le plus rugueux, le moins de jus elles y portent ». Contente de cet approche et de ce que je venais d’apprendre, on s’est mis à bavarder pour un petit moment.

 

Masp. Photo: Helena

Ce type de contact, très courant pour moi et pour pas mal de gens, j’imagine, me rappelle le surnom qui m’a été désigné par une copine: Helena-des-amitiés-faciles. Elle m’appelait par ce « prénom » depuis nos vacances ensemble à Florianópolis, où on se baladait tout le temps en faisant du stop ou en bus,  en connaissant des gens de tout sort, soit à l’arrêt du bus, soit dans les plages, un peu n’importe où. J’allais vers les gens, avec cette envie de découvrir l’autre, d’entendre des histoires, de partager un petit moment ensemble.

Je me suis beaucoup surprise le moment où j’ai vécu un instant comme celui-ci en France. Surprise parce que ce type de conversation, dans les queues, dans les arrêts de bus, se font plus rares en France qu’au Brésil, par exemple. Je voyagais en TGV de Dijon à Marseille, en passant par Lyon. Un incident s’est produit sur les rails, tous les trains étaient en retard. En arrivant à Lyon, où je devrais changer de train, le mien était déjà parti et j’ai dû monter sur un autre. En n’ayant plus de places disponibles, moi et presque une dizaine de voyageurs nous sommes mis dans l’espace entre deux voitures. Le silence régnait lors que quelqu’un a decidé de le briser en faisant un commentaire drôle sur la situation sur laquelle on se trouvait. S’y est suivi un imense éclat de rire et tout le monde a entamé des conversations comme des vieux amis, racontant ce qu’il était en train de faire avant d’être boulerversé par le retard, ce qu’ils faisait dans la vie, ce que les amusaient. Le restant du voyage a passé très vite et on n’a même pas eu mal aux jambes d’être débout pendand longtemps. Je constatais: les Français savaient eux aussi se laisser aller par des bons moments avec des complets étrangers.

Communiquer avec des étrangers, des inconnus, c’est une chose à laquelle nous, brésiliens, sommes habitués depuis l’enfance, nous apprennons à vivre tournés vers l’autre. Ceci a de bonnes et des mauvaises conséquences. Par exemple, le fait de participer plus à la vie des autres peut être parfois enrichissant, les gens échangent plus uns avec les autres et sont plus disponibles à aider, à être au secours. De l’autre côté, c’est plus facile d’avoir des gens qui envahissent la vie des autres et de perdre l’intimité.

 

Peinture murale à SP. Photo: Helena

Pourtant, je m’appercois que de moins en moins, les gens ont cette capacité. Moi aussi, je me renferme et je ne vivre plus ces moments que j’aimais autant.  La semaine dernière, un homme barbu, vetu de chemise blanc et pantalon noir c’est approché de moi au quai du train. Avec un fort accent, il m’a demandé si j’étais étudiante à l’USP (Université de São Paulo) — nous étions dans l’arrêt proche de l’université. Ensuite, il a posé d’autres questions et m’a dit qu’il était professeur d’arabe, qu’il donnait des cours au centre-ville, que c’est une langue jolie d’apprendre pour ceux qui aiment la culture, etc, etc. Je lui ai posé une seule question: d’où il venait.  À ce qu’il a répondu: Libye.  À ce point-là, j’étais plus interessée sur mon audio-livre et n’ai pas donné suite à la conversation. Le soir, chez moi, je me rends compte que j’ai coupé le contact avec quelqu’un qui pouvait être intéressant — ou non, on ne sait jamais, mais ce n’est pas tous les jours qu’on rencontre un libyen dans la rue! C’est vrai que plusieurs fois je me sens responsable pour la personne, il faut pas que je la blesse, il faut que je lui donne un peu d’attention. De l’autre côté, il faut que cette approche soit naturelle, pas une obligation. En y réflechissant un peu plus, je comprendre que ce n’est pas que je me renferme, ou que l’âge nous laisse plus éloignés des autres, c’est le quotidien, c’est sont les habitudes de tous les jours qui nous rendent ainsi. C’est notre faute, oui, parce qu’on laisse la routine nous écraser.

Quand je voyage je ne suis pas la même personne, je ne suis pas dans une routine, je suis ouverte à toute conversation, à tout contact. Quand je voyage, je sens que je suis vraiment moi, je vois une beauté dans les petites choses auxquelles je m’éloigne quand je suis chez moi. La même chose doit arriver à pas mal de gens, j’imagine. Le défi est de parler aux inconnus chez nous, quand on a envie, sans se laisser fermer par le poids de la routine. On a tant de choses à découvrir…

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