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Marcher

« Nearly every day, rain or shine, hot or cold, he would leave his apartment to walk through the city – never really going anywhere, but simply going whereaver his legs happened to take him. New York was an inexhaustible space, a labyrinth of endeless steps, and no matter how far he walked, no matter how well he came to know its neighbourhoods and streets, it always left him with the feeling of being lost. Lost, not only in the city, but within himself as well. Each time he took a walk, he felt as though he were leaving himself behind, and by giving himself up to the movement of the streets, by reducing himself to a seeing eye, he was able to escape the obligation to think, and this, more than anything else, brought him a measure of peace, a salutary emptiness within. The world was outside of him, around him, before him, and the speed with which it kept changing made it impossible for him to dwell on any one thing for very long. Motion was of the essence, the act of putting one foot in front of the other and allowing himself to follow the drift of his own body. By wandering aimlessly, all places became equal and it no longer matterd where he was. On his best walks, he was able to feel that he was nowhere. And this, finally, was all he ever asked of things: to be nowhere ».  The New York Trilogy, Paul Auster

Passants à Lille, 2009

C’est que le début du bouquin, mais j’ai dû y arrêter. Tout simplement parce que je partage avec le personnage l’explication du pourquoi de ce besoin de marcher. Comment peut-il décrire avec tel précision mon expérience? Marcher me rend, à la fois, le vide dont on a besoin pour apaiser l’âme et la clarté pour bien ranger les idées. Cette disposition étant éphémère, il suffit le premier pas à l’intérieur d’un bâtiment pour que le désordre s’y installe de nouveau (il faut que je songe à apporter un magnétophone lors de mes marches par-ci et par-là, les idées m’échappent très rapidement).

Être à pied jamais m’a posé de problème, au contraire: les distances je m’en fiche (à Porto Alegre, je marchais pour aller n’importe où, au boulot — 2,5 km —, chez le dentiste — 3 km —, à la fac — 2,7 km — et même pour rentrer des soirées — 6,3 km). C’est la paix ou l’angoisse apportés par le mouvement des jambes, ce que je cherche, c’est un mouvement des idées, cadencés par le mouvement du corps. Et à la fois, en étant «a seeing eye », l’arrivée n’est pas un but, seulement voir ce monde l’est, sentir l’air frais et se laisser aller sans intention, sans finalité, attrapant les images, les sensations que le monde offre. Perdue, « being nowhere », c’est facile à se trouver quelque part… Cependant, échapper à ce rencontre rendre la marche plus souple et legère, c’est l’objectif, s’évader de tout, faire sortir le noeud de la gorge, la pression sur la poitrine, faire circuler le sang, apaiser le corps, comme un massage.

Quel mélange, quelle anarchie une marche rend! Ranger les idées et rendre vide, les deux ensemble, sans savoir bien comment.

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