La révolution à la télé

Les lumières s’éteignent une après l’autre, cadencées par la coupe d’électricité. Elles annonçant le rythme d’une nouvelle journée au sein d’un village roumain à l’est de Bucarest. La date est historique : 16 ans de la chute de Nicolae Ceausescu, dirigeant communiste de la Roumanie entre 1965 et 1989, qui comptait avec le support de la Russie. Malgré l’importance de l’événement, c’est ainsi, paisiblement, que ses habitants envisagent ce jour. Ils ne font pas grand cas de ce qui s’était passé en décembre de 1989. C’est près de Nöel et, en plus, on ne sait même pas si quelque chose avait vraiment changée après la dite révolution.

Ce marasme pourrait-il être bouleversé si l’on répondait : a-t-il vraiment eu une révolution dans notre village ? C’est autour de cette question qui la comédie 12:08 à l’est de Bucarest (A fost sau n-a fost?, 2006) se déroule. Le jeune réalisateur Corneliu Porumboiu présente le matin des personnages qui, dans la soirée, débattront ce sujet. Jderescu est l’ animateur d’une émission à la télé qui partage sa journée entre les ennuyes de sa femme, l’effronterie de sa maîtresse et la confirmation des invitées que participeront au débat. Manescu est un professeur d’histoire minable, ivrogne et endetté qui essaie d’échapper à ses créanciers et de se racheter auprès du chinois qu’il avait insulté le soir d’avant. Piscoci est un vieux solitaire qui s’occupe du costume de Père Nöel, pendant qu’il s’est fait pieger par des petits bombes jetées par les enfants du quartier.

bucareste

Photo de divulgation du film

Les trois se rencontrent et commencent le débat, télévisé par la précaire chaîne local. La discussion dépasse le sujet de l’importance ou pas de la révolution: il est question de savoir s’il a eu des manifestants avant 12h08, dans ce jour il y a 16 ans, à la place centrale – il s’agit de l’heure exacte de la chute de Ceausescu. S’il n’y avait personne avant 12h08, il est prouvé que le village n’a pas participé à la révolution, mais uniquement de la fête de suite. Au tour de cette question de extrême importance, la participation de l’ audience rend le débat presque une enquête de police, chacun en train de accuser l’un à l’autre, en essayant de remémorer avec précision les faits du jour.

La comédie est filmé d’une façon presque indifférente, dans l’impromptu, comme le fait l’opérateur de caméra du studio de Jderescu. Il y a  peu de mouvement, les scènes sont figées, répétées, stagnantes, tels que la vie des personnages. Les dialogues sont marqués par l’absurdité, le ridicule, le satyrisme. De la caricature de ces gens se dégage un portrait pittoresque de la societé roumaine face à ce moment historique. C’est de cette manière, très légère, qu’on assiste à la discussion de l’identité d’un peuple, de ce qui la chute du communisme a empreint ou pas sur eux.

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